La curation c’est de la merde… et puis quoi encore ?
Publié par Salah Eddine Benzakour le 12 avr 2011 dans 1. Professionnel | 15 commentaires
Curation, encore et encore. On sait que la Curation est le nouveau buzzword sur internet après community manager.
Sur son blog Actulligence, Frédéric Martinet (que j’apprécie pour ses articles concernant l’intelligence économique et la veille) annonce que « la Curation c’est de la merde« . Et pour cela il propose 5 raisons.
Vu que je ne suis pas d’accord, je vais répondre aux 5 raisons en montrant que ce qui est dit est tout simplement faux :
Raison 1 : Les plateformes de curation et l’acte de curation en lui-même n’apportent rien
Ici je vais parler de l’acte de curation, pour les plateformes de curation je laisse cela à leurs propriétaires ou à leur community managers. L’acte de curation ou de content curation est de donner un nouveau contexte à l’info, à l’enrichir et à l’organiser. Et ce n’est pas uniquement ce que Frédéric disait dans cette raison « C’est s’abonner à des sources d’information, lire des blogs, des sites web et sélectionner des passages, des contenus que l’on va agréger dans un même espace. » Le fait juste d’agréger du contenu les robots le font bien, et cela ne s’appelle pas curation mais agrégation.
Par contre s’il y a un choix éditorial des liens (et pas un choix automatique avec des algorithmes), on peut parler de curation… Le fait qu’une personne partage des liens sans rajouter son interprétation ou un contexte est une forme parmi d’autres de curation, certes qui apporte une valeur ajoutée relativement limitée mais ça reste une valeur ajoutée. Et pour celui qui a besoin d’une compilation de liens sur une thématique précise c’est du bonheur.
Je ne parle pas ici d’un annuaire bis, mais imaginez que vous voulez acheter une montre de luxe, vous allez sûrement remercier le blogueur qui s’est donné la peine de compiler dans un billet les 10 liens d’articles qui vous expliquent les critères de choix d’une montre.
Raisons 2 : La curation constitue une atteinte au droit d’auteur
Frédéric dit « La curation c’est prendre du contenu à un endroit et le mettre à un autre. Rien d’autre.«
Désolé mais cela est faux et cela ne s’appelle pas de la curation, ça s’appelle du copier/coller ou plus précisément du vol de contenu avec violation des droits d’auteurs.
La curation, c’est de la citation avec un nouveau contexte… sans se substituer à l’article d’origine. Voir article L122-5 3e a. du code de la propriété intellectuelle.
Et si certaines plateformes « dites de curation » ne respectent pas cela comme dit dans l’article de Frédéric… c’est un problème des plateformes et non pas de la curation.
Raison 3 : Les plateformes de curation favorisent le parasitisme économique
Frédéric argumente cette raison en disant « Certaines plateformes de curation proposent la fonctionnalité « share » de rediffusion sur différents réseaux sociaux en faisant un lien vers la plateforme de curation qui héberge le contenu plutôt que vers l’article original. Il s’agit donc d’une captation de trafic potentiel, et donc de parasitisme économique. »
Là aussi il s’agit d’une fonctionnalité d’un outil et non pas de la technique de curation. Et même si cette fonctionnalité est utilisée par un outil cela ne permet à personne de capter un trafic. Parce que tout simplement le trafic n’est la propriété d’aucun site. C’est une vue de l’esprit qui est totalement erronée.
Imaginons que dans une page blanche dans mon site je rajoute un lien vers un article sur le Monde.fr, et j’encourage les visiteurs de ma page à le visiter. Imaginons aussi que 3000 personnes visitent ma page et 100% cliquent sur le lien. On comptabilisera 3000 visites chez moi et 3000 visites en plus chez lemonde.fr. Je n’ai rien capté, j’ai au contraire contribuer à la visibilité d’un article de Le Monde.
Raison 4 : Favoriser la curation, pour nous les enfants du web, c’est être inconscient
L’argument présenté par Frédéric ici est : « Favoriser l’utilisation de solutions qui n’apportent rien à la gestion de l’information et qui profitent des technologies de l’information pour démultiplier l’information à l’infini c’est être coupable de conduire à l’effondrement d’un système qui est basé sur un fonctionnement proche des pires pratiques de la finance. » Les règles du monde numérique ne sont pas celles du monde réel. L’élément atomique de la finance est une unité d’une monnaie (1 Euro, 1 dollar, 1 Yen…). Une unité d’une monnaie a une valeur dans le monde réel et en principe elle doit avoir une contrepartie en or qui garantie sa valeur. Dans le monde numérique l’élément atomique est un bit (0 ou 1), le coût marginale d’un bit supplémentaire est presque nul, ce qui fait que même avec une augmentation exponentielle des données l’impact économique est très limité et ne peut être visible que sur des centaines d’années avec la technologie actuelle. Ce qui est tout simplement impossible si on connaît la loi de Moore et on suit l’évolution de la technologie de stockage (L’évolution de la disquette 3,5 pouces, à la mémoire flash en peu d’année…).
Raison 5 : La curation c’est noyer l’information
Là aussi on peut lire « La curation ne favorise pas l’accessibilité du contenu. Non. Les mécanismes sociaux intégrés à le plupart des plateformes de curation sont aussi minces que la ficelle d’un string… et par ailleurs là encore ils s’appuient sur d’autres solutions de réseaux sociaux qui ont construits et inventés des mécanismes si ce n’est innovants, relativement complets de management en ligne de ses relations sociales.»
Il s’agit toujours pour moi d’une confusion entre la curation et les outils dits de la curation.
Conclusion
Bon, tout en respectant Frédéric Martinet et son opinion propre sur la Curation, je n’adhère pas son affirmation « Content Curation c’est de la merde ». De mon côté j’ai des positions claires sur la curation et les curators qui sont expliquées ici :
- Content Curation : Voici mon avis sur la Curation et les Content Curators
- Le Curator : un héros qui vous veut beaucoup de bien
Je serais curieux d’avoir votre avis concernant la curation entant que technique (sans parler des outils actuels).
Est-ce que vous êtes pour ou contre ? Et pourquoi ?
Â
Credits: Amazing collection of videos at #IgniteSmithsonian. But then they’re known for great « curation. » :) by Divergence




Je comprends tout-à -fait la réaction de Frédéric Martinet, car le buzz francophone actuel présente la « curation » comme une activité peu digne d’intérêt. Et les nouveaux outils qui fleurissent de tous côtés semblent malheureusement encourager cette pratique à bon marché.
Par contre, selon moi (et là je suis d’accord avec toi!) , la tâche du curator peut aller beaucoup plus loin et répondre à un réel besoin des internautes.
Au final, je pense qu’il s’agit simplement d’une interprétation divergente de la définition de « curation ».
Je vais de ce pas publier un billet sur ce thème sur mon blog.
Merci Dominique. Je partage parfaitement ton avis.
Tout a fait d’accord avec toi, Salah! J’avais lu l’article à sa parution, mais n’avais pas eu le temps de répondre (puis j’ai oublié).
Je ne sais pas quelle mouche a piqué F. Martinet … o_O
Ceci dit, le Buzz autour de la curation me hérisse un peu aussi … ce n’est finalement rien de neuf: ce n’est que de la veille bien faite (c-a-d avec une diffusion intelligente de l’information récoltée)
Salut Xavier,
Merci pour ton commentaire.
Nous sommes d’accord qu’il n’y a rien de neuf sauf qu’il me semble que c’est différent de la veille.
Même si on utilise les mêmes outils la vocation est différente.
Merci…
bravo Salah,
je reviens d’une journée d’échange passionnante – organisée par commentçamarche.net – où il a été beaucoup question de la valorisation des contenus : le risque de détruire de la valeur est omniprésent dans le web, qui permet à chacun d’éditorialiser ou de forwarder des contenus de (grande) valeur sans les monétiser (ou sans contrepartie économique).
Les échos.fr avaient plaidé pour leur cause (…) en valorisant la valorisation par l’effet « tribune » (sur le web, et dans le print pour les meilleurs) des articles publiés.
Quelque part, chacun admettait implicitement que depuis que le web s’était entre autres organisé comme une méta-salle de rédaction, et bien finalement les médias étaient devenus des curators, plus ou moins consentants.
Ce que j’ai retenu de cet échange important, c’est qu’à l’heure où les contenus ont pris des tailles et des proportions sur’humaines (on ne peut plus tout lire et tout voir – ne serait ce que dans l’excellent blog de Salah où tout est bon à prendre pour grandir) il faut maintenant des surhommes (héros) pour sélectionner, trier, mettre en perspective l’info et pour me rendre plus intelligent et plus efficace par ce travail de sélection. Pour que ce soit « sain » – au moins éthiquement – il faut à mon avis deux critères :
- respecter la source, l’auteur initial, sans le trahir (mais jusqu’où ?)
- être soi-même capable d’être « auteur », capable d’enrichir le propos (mais parfois la pertinence de l’info – au BON endroit au BON moment – est déjà juste une richesse essentielle) pour qu’il délivre plus que son output originel. Exit les fermes de contenus et les machines à flux éditoriaux – du moins pour ce job).
À l’heure où les « autorités » se font rares (au sens de « faire autorité sur moi = me permettre à mon tour de devenir auteur »),
et bien je compte sur les nouveaux curateurs pour m’aider à faire un peu de ce chemin : grâce à l’autorité de l’émetteur – rang 1 – ils deviennent à leur tour auteur – rang 2 – comme l’étaient Armand Jammot (dossiers de l’écran) ou plus récemment Bernard Pivot…. me permettant à moi aussi de m’émanciper de tous ces ZetBites de bruits, pour devenir à mon tour ce que j’aspire à devenir : auteur (de mon oeuvre et de ma vie) certes de rang 3. Pertinent.
Merci à tous les curateurs de vous lever demain ; non pas pour administrer ma vie à ma place (il ne s’agit pas de curatelle) , mais pour me fournir des nouvelles pistes pour inspirer ma vie.
Et tant pis si vous n’avez pas tous la carte de presse (ou le serment d’Hippocrate) qui vous exonère du délit de « copieur ». C’est à chacun d’y retrouver ses petits.
Merci à tous pour ces contributions précieuses.
gilles
Salah,
je me suis mal exprimé : je voulais dire que ce n’est pas différent de ma conception de la veille … ;o)
:-) Merci Xavier et Gilles.
Le titre « La curation, c’est de la m**** », ça me choque.
@Sébastien… En effet je comprend. Désolé!
Bonjour Salah
Merci pour ton billet.
Je suis entièrement d’accord avec toi, et je rajouterai qu’il ne faut pas stigmatiser ce nouveau concept qui vient naturellement s’intégrer dans le web actuel.
Peut être que le buzz est fort, mais c’est parce qu’il est important non ?
La curation n’est pas de « la m** » non. Elle peut effectivement faire peur à des professionnels de la veille économique parce que ces nouveaux outils sont quelque part en « concurrence » avec leur bizdev.
Mais si on la regarde bien de plus près, la curation peut devenir pour ces professionnels un outil extraordinaire et extrèmement rentable !!
Les community managers possèdent des moyens de diffusion immédiats comme Twitter ou Facebook, et maintenant des outils de veille comme Scoop.it par exemple. Parce qu’un CM n’a pas 100% de son temps de flux pour parler de sa marque, il peut utiliser à bon escient la curation pour informer son public de l’univers des produits.
Je prend souvent pour exemple un CM d’une marque de Yahourts. Il ne va pas durant 35h/semaine parler de son yahourt au bifidus sur Twitter ou FB, c’est impossible. Par contre, grâce à la curation, il va pouvoir créer un topic sur le Bifidus, ses bienfaits, ses qualités, grâce à des blogs / articles /videos etc qui en parlent, tout en insérant des articles de la marque. La boucle est bouclée puisque ce même topic sera retwitté, refacebooké, retumblé etc.
Et pour en revenir à quelques détails sur les critiques de droits d’auteurs, de parasitage, de noyade … n’importe quel bloggeur sait comment la politique et le travail de SEO sont difficiles pour continuer à vivre sur le web. Et on dit merci à la curation de leur donner ce petit coup de pouce pour exister encore. L’un a besoin de l’autre, et vice versa.
Salut Thierry,
Merci beaucoup pour ton commentaire.
En effet je crois que le curator, le veilleur%
Salut Thierry,
Merci beaucoup pour ton commentaire.
En effet je crois que le curator, le veilleur, le référenceur et le community manager sont 4 rôles qui se complètent pour une même finalité.Et c’est ce que j’essaye d’expliquer ici :
http://fr.locita.com/business/community-manager-curateur-referenceur-veilleur-4-roles-4-missions-et-une-finalite/
Merci…
Bonjour Salah,
finalement en dissociant les outils de curation du principe, vous n’êtes pas si éloignée du point de vue de Frédéric Martinet.
Le problème aujourd’hui, souligné par Frédéric, est que l’entrée est souvent l’outil (ça ne vaut pas que pour la curation..), et la séduction qu’il propage, sans prise de recul. De mon point de vue la curation n’est qu’une étape dans un processus de veille. L’ultime étape d’un processus de veille est celle de la diffusion, après le ciblage-la collecte (ou la curation peut jouer un rôle)-l’analyse et la description. Cette diffusion, en fonction de la cible (ciblage) apporte une réelle valeur ajoutée par une description, une contextualisation, voir par une prise de position et une opinion, « Car ce qui enrichit c’est la différence d’opinion et de vision du monde » pour reprendre une phrase d’un de vos sites en lien. Un Scoop.it et autres .it ne peuvent servir à diffuser en l’état. Ils peuvent servir en cours de processus à un groupe de veilleur, c’est certains.
En tous les cas la réflexion est en marche.
Bonjour
J’ai fait référence à votre article dans un article sur les avantages et inconvénient de la curation sous l’angle du marketing digital.
http://www.1min30.com/inbound-marketing/curation-avantages-et-inconvenients/
Bien cordialement,
Gabriel